En Alsace, des serres s’emplissent progressivement de rouges, jaunes et verts bien plus piquants qu’on ne l’imagine. Ce phénomène surprenant réunit maraîchers, transformateurs et amateurs. Il change la manière dont la région pense ses cultures et sa cuisine.
Voir le sommaire
Pourquoi l’Alsace adopte les piments?
Le climat local se réchauffe. Cela favorise des cultures qui demandaient jusque-là plus de chaleur. Les producteurs l’ont remarqué. Ils voient dans le piment une nouvelle opportunité.
Un maraîcher de Sélestat, aussi maire, a choisi de se spécialiser. Il cultive des variétés très fortes. Il explique que ces plantes supportent bien la chaleur. Et qu’elles repoussent souvent les ravageurs. Pas besoin, selon lui, de fongicide ou de pesticide.
Quelles variétés et que signifie l’échelle de Scoville?
Les producteurs alsaciens expérimentent plusieurs variétés. On trouve du cayenne, du jolokia (bhut jolokia), de l’habanero et du fameux carolina reaper. Ces noms sonnent puissants. Ils le sont réellement.
L’intensité se mesure avec l’échelle de Scoville. Un cayenne se situe autour de 30 000 à 50 000 unités. Un carolina reaper peut frôler les deux millions. Il existe donc un monde entre « chaud » et « extrême ».
Culture, récolte et sécurité
La plantation se fait au printemps. Les plants demandent de la chaleur et un arrosage modéré. Les producteurs laissent souvent les plants vivre sans beaucoup d’intervention. La récolte commence autour de la mi-août et continue jusque aux premières gelées.
Attention au contact. Lors de la cueillette des variétés très fortes, les producteurs portent masque, lunettes, gants et manches longues. La capsaïcine, le composé actif, peut brûler la peau et les muqueuses. Il faut se protéger.
Une mini-filière locale qui se développe
Plusieurs maraîchers réunis autour d’une coopérative ont créé une petite filière. L’an dernier, ils ont récolté environ trois tonnes de piments. C’est peu en poids. Mais chaque piment pèse souvent quelques grammes seulement. Ils visent plus de quatre tonnes cette saison.
Cette dynamique accompagne l’émergence d’artisans transformateurs. Un entrepreneur alsacien a lancé une marque de sauces et purées piquantes au début des années 2010. Il produit désormais de nombreuses recettes et vend des centaines de références. D’autres entreprises locales, traditionnellement spécialisées dans la moutarde ou le raifort, ajoutent aussi des sauces piquantes à leur gamme.
Une demande en hausse et un marché en évolution
La vogue des sauces piquantes s’est accentuée depuis le confinement de 2020. Les consommateurs ont cherché de nouvelles saveurs. Les réseaux sociaux et des émissions consacrées au piquant ont amplifié la tendance.
Les produits les plus vendus restent ceux de faible intensité, entre 5 000 et 20 000 sur l’échelle de Scoville. Ils sont accessibles aux néophytes. Malgré tout, la montée en gamme et l’intérêt pour des recettes aromatiques ouvrent des débouchés. Les estimations de marché prévoient une croissance régulière dans les années à venir.
Conseils pour débuter et deux recettes simples
Si vous souhaitez goûter ou cuisiner avec ces piments, commencez par des sauces douces. Progressez lentement. Et protégez-vous lors de la manipulation des variétés fortes.
Recette douce : sauce mangue-cayenne (pour débuter)
Ingrédients :
- 300 g de mangue mûre (environ 2 mangues)
- 2 piments cayenne frais ou 2 cuillères à soupe de piment sec
- 100 ml de vinaigre de cidre
- 30 g de sucre roux
- 1 cuillère à café de sel
- 1 gousse d’ail
- 30 ml d’huile neutre
Préparation :
- Pelez et coupez la mangue. Enlevez le noyau.
- Équeutez les piments. Si vous redoutez le piquant, retirez les graines.
- Mixez la mangue, les piments, l’ail, le vinaigre, le sucre et le sel jusqu’à obtenir une purée lisse.
- Versez la préparation dans une casserole. Faites cuire 5 à 8 minutes à feu doux. Ajoutez l’huile hors du feu.
- Laissez refroidir. Mettez en bouteille propre. Se conserve au frais plusieurs semaines.
Recette vive : purée de carolina reaper (à manipuler avec précaution)
Attention : cette recette est réservée aux utilisateurs expérimentés. Portez des gants, des lunettes et un masque.
- Ingrédients :
- 10 g de carolina reaper frais (ou 2 g de piment séché)
- 200 ml de vinaigre blanc
- 1 cuillère à café de sel
- 1 cuillère à soupe de sucre
Préparation :
- Porter des gants. Hacher très finement les piments.
- Faire bouillir le vinaigre avec le sel et le sucre.
- Ajouter les piments. Laisser infuser 2 minutes puis mixer.
- Filtrer si vous le souhaitez. Mettre en flacon hermétique.
- Conserver au réfrigérateur et utiliser quelques gouttes à la fois.
En conclusion
En Alsace, la culture des piments n’est plus une curiosité isolée. Elle s’articule autour d’une mini-filière locale et d’un marché en pleine mutation. Pour les producteurs, c’est une nouvelle source de valeur. Pour les consommateurs, c’est l’occasion d’explorer de nouvelles saveurs. Si vous vous lancez, allez-y avec prudence et curiosité.


